Vous marchez probablement beaucoup trop… et vous faites fuir votre gibier.
- Steph Monette

- 25 juil.
- 3 min de lecture
Observer plutôt que marcher
Le secret des meilleurs chasseurs n'est pas dans leurs bottes… il est dans leurs yeux.
Par Stéphane Monette

Pendant des années, comme beaucoup de chasseurs, je croyais que pour trouver du gibier, il fallait couvrir énormément de terrain. Plus je marchais, plus j'avais l'impression d'augmenter mes chances. Avec le temps, j'ai compris que c'était souvent exactement le contraire.
Aujourd'hui, je passe beaucoup plus de temps arrêté que je n'en passe à marcher. Cette simple habitude a complètement transformé mes résultats.
La forêt parle constamment. Encore faut-il lui laisser le temps de nous raconter son histoire.
La science confirme d'ailleurs ce que les meilleurs guides savent depuis longtemps.
Chez le chevreuil, plusieurs études utilisant des colliers GPS montrent que les déplacements augmentent rapidement lorsqu'un humain pénètre dans leur secteur. Même lorsqu'ils ne fuient pas à grande vitesse, les animaux modifient leur comportement, changent leur trajectoire ou demeurent immobiles dans un couvert très dense jusqu'à ce que le danger disparaisse. En marchant constamment, le chasseur pousse souvent le gibier devant lui sans jamais le voir.
Un autre facteur est le bruit. Même un marcheur prudent produit des centaines de petits sons : feuilles qui craquent, branches qui frottent, vêtements qui touchent la végétation. Le chevreuil possède une ouïe extrêmement développée. Ses grandes oreilles orientables captent des sons provenant de différentes directions, souvent bien avant que nous soyons en mesure d'apercevoir l'animal.

C'est pourquoi je m'impose toujours une règle très simple.
À chaque fois que j'arrive devant une coupe forestière, une lisière, un marécage, une vallée ou une vieille repousse, je m'arrête complètement.
Je laisse la forêt redevenir normale.
Les oiseaux recommencent à chanter. Les écureuils reprennent leurs activités. Puis je commence seulement à observer.
Observer ne consiste pas simplement à regarder devant soi.
Il faut apprendre à balayer le terrain de façon méthodique.

Je débute toujours par le secteur le plus près de moi avant d'élargir progressivement mon champ de vision vers les zones plus éloignées. Je divise mentalement le paysage en petites sections plutôt que d'essayer de tout voir en même temps. Cette méthode réduit énormément la fatigue visuelle et augmente les chances de détecter un détail anormal.
Les recherches sur la perception visuelle démontrent que notre cerveau détecte beaucoup plus facilement un mouvement qu'un objet parfaitement immobile. Voilà pourquoi un grand mâle peut demeurer invisible pendant plusieurs minutes à moins de 100 mètres. Ce n'est souvent pas son corps qui le trahit, mais un léger mouvement d'oreille, un clignement d'œil, le reflet d'un bois ou une légère rotation de la tête.

Les coupes forestières méritent une attention particulière. Beaucoup de chasseurs les traversent rapidement. Pourtant, les bordures, les îlots de végétation laissés debout, les bandes de régénération et les petits bouquets d'arbres offrent d'excellents abris où les cervidés peuvent observer sans être vus.
Les lisières sont tout aussi importantes. Elles constituent des zones de transition où le gibier se sent en sécurité tout en gardant un accès rapide à la nourriture. C'est souvent là que les animaux s'arrêtent quelques secondes avant de sortir dans une ouverture. Si vous prenez le temps de bien analyser ces secteurs avec de bonnes jumelles, vous découvrirez des animaux que vous n'auriez jamais remarqués autrement.

Je compare souvent une bonne séance d'observation à une enquête policière. Chaque détail compte : une ligne de dos presque invisible, une patte derrière une souche, une oreille qui dépasse d'un jeune érable ou un panache qui se confond avec les branches mortes. Le véritable avantage n'appartient pas au chasseur qui marche le plus. Il appartient à celui qui comprend que chaque déplacement doit être précédé d'une observation minutieuse.
Dans bien des cas, les quelques minutes passées immobile avec vos jumelles vous permettront de repérer un animal que vous auriez fait fuir en avançant.
En chasse, les bottes vous amènent sur le territoire… mais ce sont vos yeux qui remplissent votre permis.




Je comprend mieux maintenant ,avec les années c est sur que j ai raté de belle chasse car je marchait beaucoup pour me rendre a un spot , sans prendre le temps d examiner en avant ,mais avec tout ses conseils mon expérience progresse .Merci Stéphane
Je crois que nous avons manqué de voir beaucoup de gibier à vouloir trop marché car combien de fois après quelques heures après être arrivée à mon poste d'affût et immobile la Nature se remet à bouger. Merci