Le caribou n’a pas disparu par hasard
- Steph Monette

- il y a 3 jours
- 3 min de lecture
Le caribou forestier : autopsie d’un déclin annoncé

Dans le monde de la chasse et de la faune, peu de sujets soulèvent autant d’émotions que le déclin du caribou forestier. Pendant des années, le discours officiel a pointé un coupable commode : le loup. Un prédateur visible, facile à désigner. Pourtant, lorsqu’on prend le temps d’analyser l’histoire du territoire, la réalité est beaucoup plus complexe et surtout beaucoup plus humaine.
À l’origine, le secteur aujourd’hui en crise était dominé par une vieille forêt fermée, peu fragmentée, pauvre en accès routiers et riche en lichen arboricole et terrestre, la base de l’alimentation hivernale du caribou. Ce type de forêt mature, souvent âgée de plus de 50 ans, est essentiel à sa survie. Le caribou n’est pas un animal opportuniste : il dépend d’un équilibre lent, stable, et extrêmement sensible aux perturbations.

L’orignal, contrairement à ce que plusieurs croient, n’était pas historiquement présent dans ce milieu. Son arrivée coïncide avec la colonisation, le défrichement et la transformation progressive du couvert forestier. La coupe forestière a rajeuni la forêt, favorisant la repousse de feuillus et de végétation abondante un habitat idéal pour l’orignal, mais totalement inadapté au caribou.

En 1989, le ministère responsable des forêts autorise une première année de coupe, avec l’engagement d’en évaluer les impacts avant d’aller plus loin. Sur papier, la prudence semblait de mise. Sur le terrain, la réalité a été tout autre. Une fois les chemins forestiers ouverts, l’accès s’est multiplié, les opérations se sont enchaînées, et les coupes ont été reconduites année après année.
La science, pourtant, parlait déjà clairement à l’époque. La littérature recommandait de ne pas perturber plus du tiers d’un territoire si l’on souhaitait maintenir une population viable de caribous. Aujourd’hui, on estime que 75 à 80 % de ce milieu a été transformé par les activités forestières. Cette transformation a déclenché un effet domino parfaitement prévisible. La jeune forêt attire l’orignal.

L’orignal attire le loup. Le loup, parfaitement adapté aux milieux ouverts et aux corridors linéaires, utilise les chemins forestiers comme de véritables axes de déplacement. Dans la vieille forêt dense, il chassait avec difficulté. Dans un paysage fragmenté, il devient redoutablement efficace.
Contrairement au discours simpliste, le loup n’est pas la cause initiale du problème, mais une conséquence directe de l’aménagement du territoire. Et lorsqu’une meute détecte un caribou même à bonne distance des chemins elle ne fait pas de distinction. Elle prélève ce qui est disponible.

À cette pression écologique s’est ajoutée une pression humaine supplémentaire. Le même ministère qui autorisait les coupes a ensuite permis la construction de camps de chasse à l’orignal, augmentant la fréquentation, le dérangement et la fragmentation de l’habitat. Pour un animal aussi peu tolérant au changement que le caribou, chaque nouvelle perturbation compte.
Résultat : le caribou s’est dispersé, isolé, puis a décliné. Lentement, sans effondrement spectaculaire, mais de façon constante et irréversible. Année après année.
Aujourd’hui, ils ne sont plus que neuf.
Neuf individus survivant dans un paysage qui ne correspond plus à leurs besoins biologiques fondamentaux. Le caribou forestier n’a pas disparu par manque de protection sur papier, mais par accumulation de décisions contradictoires sur le terrain.

Pour le monde de la chasse, cette histoire mérite réflexion. Elle rappelle que la gestion de la faune ne peut être dissociée de la gestion de l’habitat. Et que protéger une espèce, ce n’est pas seulement contrôler ses prédateurs, mais surtout respecter les limites écologiques du territoire qu’elle habite.

Le caribou n’a pas été victime d’un prédateur. Il a été victime d’un modèle d’aménagement qui n’a jamais su ralentir.
Pour consulter le vidéo complet d'action Boréal sur ce sujet, cliquez-ici




Jai eu la chance d'avoir une visite surprise en travaillant pour HQ il y a 4 ou 5 ans (jai travailler avec ton neveux mickael)
set vraiment desolent
Salut Steph, c’est un constat assez désolant.
Ha pas toujours facile l'homme et la faune, il faut prendre soins de nôtre nature, car au bout de la ligne il y aura pas de gagnant
Vraiment intéressant a suivre...