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EDITORIAL - Ce qu'on laisse derrière soi à la pêche


Éditorial — par Stéphane


Il y a des matins sur l'eau où le temps s'arrête. Le brouillard qui lève sur le lac, le premier lancer du jour, le silence qui pèse juste ce qu'il faut. Ces moments-là, on les porte longtemps. Ils font partie de ce qu'on est.

J'ai vécu des centaines de ces matins. Sur des lacs du Nord, des rivières à truite, des baies calmes où le doré fait des ronds à l'aube. Et dans tous ces moments, j'ai lancé des milliers de leurres. Des vers de caoutchouc, des shads, des créatures de toutes les couleurs. Sans trop me demander ce qui arrivait à ceux que je perdais.



Un leurre cassé sur une roche. Un leurre arraché dans les herbes. On soupire, on repart. La vie continue sauf que la vie, elle continue aussi au fond de l'eau. Des chercheurs ont examiné 18 000 estomacs de poissons. Deux pour cent avaient des leurres de plastique à l'intérieur. Ça peut sembler peu. Mais quand on ferme les yeux et qu'on imagine ce poisson-là ce doré, cette truite, cet achigan qui ramasse au fond ce qu'on a laissé tomber en surface, qui confond notre inattention avec de la nourriture… quelque chose se serre.



Ce plastique ne se digère pas. Il gonfle. Il prend de la place là où il devrait y avoir de la vie. Et tranquillement, sans qu'on le sache, le poisson souffre.

On parle souvent de nos lacs comme d'un héritage. On dit qu'on les transmet à nos enfants, qu'on veut qu'ils vivent ce qu'on a vécu. Mais un héritage, ça ne se transmet pas juste avec des mots ou des souvenirs de pêche au quai du chalet. Ça se transmet aussi avec ce qu'on choisit de ne pas laisser derrière nous.

Ce qui me touche le plus dans tout ça, c'est la différence entre les espèces. L'achigan robuste, tenace, comme il est finit souvent par s'en sortir. En une dizaine de jours, son corps expulse le leurre, régurgite ce qu'il ne peut pas garder. Il y a quelque chose de résilient là-dedans, presque à son image.



Mais les salmonidés, eux, n'ont pas cette chance. La truite mouchetée, l'omble de fontaine ces poissons qu'on associe aux rivières froides et pures, aux territoires encore intacts leur physiologie ne leur permet pas ce genre d'expulsion. Le leurre reste. Il s'installe. Le poisson cesse tranquillement de s'alimenter, s'affaiblit, disparaît. En silence. Loin de nos yeux.

Ce sont pourtant eux qu'on montre en premier aux enfants. Eux qu'on photographie avec fierté. Eux qui incarnent, dans notre imaginaire, la santé d'un territoire.



Je ne dis pas ça pour qu'on se sente coupables. Perdre un leurre, c'est pas un crime. On est tous passés par là. Mais il y a une différence entre perdre par accident et ne jamais y penser du tout. Les leurres biodégradables existent et s'améliorent. Des programmes de récupération se mettent en place dans les clubs et les pourvoiries. Ce sont des gestes simples ramasser son vieux leurre craqué, rapporter ce qu'on peut rapporter.

Des gestes à la hauteur de ce qu'on dit être.

Des gens de terrain. Des passionnés. Des transmetteurs.



Si c'est vrai pour nous et je crois que ça l'est alors ça commence aussi par ce qu'on laisse au fond de l'eau quand personne ne regarde.


2 commentaires


frank1967
frank1967
il y a un jour

Très bon texte de réflexion et de sensibilisation se que tu jette pas par terre dans ta maison pourquoi le jetterait tu en Nature. Merci

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rogerpaquin18
rogerpaquin18
il y a 5 jours

Non sans etre coupable ,c est juste d etre un peut sensible pour notre environnement et la qualité de nos eaux et nos poissons et peut etre essayer de ramasser les déchets qui traine sur l eau et au fond et meme dans le bois ,pas besoin du gouvernement pour agir ,nous les pecheurs et chasseurs sommes conscient .Merci

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