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UNE COUPE FORESTIÈRE : DE L’EMPLOI POUR NOS RÉGIONS… ET UNE NOUVELLE TABLE À MANGER POUR L’ORIGNAL

24 sept.
6 min de lecture

Quand on regarde un secteur fraîchement coupé, la première impression peut être brutale.



Des arbres récoltés, de la machinerie, des chemins forestiers et un paysage complètement transformé.


Mais pour comprendre une coupe forestière, il faut regarder beaucoup plus loin que le jour 1.


Parce qu'une forêt aménagée ne s'arrête pas de vivre lorsqu'on récolte les arbres. Elle entre dans une nouvelle phase.


Et pour l'orignal, cette transformation peut éventuellement devenir une véritable explosion de nourriture.


LA FORÊT FAIT AUSSI VIVRE NOS VILLAGES


Avant même de parler d'orignaux, il faut rappeler l'importance économique de la forêt québécoise.


La récolte forestière fait travailler des opérateurs de machinerie, camionneurs, mécaniciens, entrepreneurs, travailleurs sylvicoles et employés d'usines. Autour d'eux gravitent aussi des garages, stations-service, restaurants, commerces et fournisseurs.


Et les chiffres permettent de comprendre l'ampleur de cette activité.


Le secteur forestier représente environ 6,4 milliards de dollars de PIB et plus de 57 000 travailleurs au Québec. En considérant les emplois directs et indirects, son impact a été estimé à environ 89 300 emplois et 12,3 milliards de dollars de retombées économiques.


Cette activité génère des retombées dans plus de 900 municipalités québécoises. Dans environ 150 municipalités, le secteur forestier représente même plus de 10 % des emplois.


Derrière chaque chantier forestier, il y a donc beaucoup plus qu'une récolte de bois : il y a des familles qui travaillent, des entreprises qui roulent et des villages qui continuent de vivre.


La forêt est donc à la fois un milieu naturel, un habitat faunique et une ressource renouvelable qui, lorsqu'elle est aménagée durablement, contribue directement à l'économie de nos régions.


Et une fois les arbres récoltés, l'histoire ne s'arrête pas.


Pour l'orignal, un nouveau cycle commence.



JOUR 1 — LE GRAND BOULEVERSEMENT


Pour l'orignal, une coupe récente n'est pas automatiquement un garde-manger instantané.


Au moment de la récolte, une partie du couvert forestier disparaît. L'environnement devient beaucoup plus ouvert et l'orignal peut temporairement délaisser certaines portions très dégagées.


Mais quelque chose d'important vient également de se produire :


la lumière atteint maintenant le sol.


Et c'est cette lumière qui déclenche progressivement la prochaine étape.


Les plantes herbacées, framboisiers, arbustes et jeunes feuillus profitent de l'espace nouvellement disponible.


Le garde-manger commence à se reconstruire.



ANNÉE 1 — LA FORÊT REDÉMARRE


Durant la première saison de croissance, les plantes pionnières commencent à occuper les espaces ouverts.


Selon le site, on peut voir apparaître ou repartir des espèces comme les framboisiers, saules, bouleaux, peupliers et différentes plantes herbacées.


Pour l'orignal, l'intérêt alimentaire commence donc à augmenter, mais nous sommes encore au début du processus.


Les jeunes pousses sont tendres et accessibles, mais leur biomasse demeure très dépendante du type de peuplement qui existait avant la récolte et de la qualité du site.



ANNÉE 2 — LE GARDE-MANGER PREND FORME


La deuxième année devient particulièrement intéressante.


Les systèmes racinaires déjà présents, les rejets de souche, les semis et les nouvelles tiges peuvent maintenant produire beaucoup plus de végétation.


Dans une étude en forêt boréale de Terre-Neuve rapportée dans la littérature scientifique, environ 200 kg de brout hivernal disponible par hectare étaient présents deux ans après la coupe.


Ça représente environ :


20 grammes de matière sèche disponible par mètre carré.


Mais attention : ce chiffre ne doit pas être interprété comme une valeur universelle pour toutes les coupes du Québec. Certains sites peuvent produire beaucoup moins et d'autres beaucoup plus.


L'important, c'est la tendance :


la quantité de nourriture commence à augmenter rapidement.



ANNÉE 3 — L'ACCÉLÉRATION


À trois ans, les jeunes feuillus et arbustes commencent à prendre de la hauteur et à produire davantage de nouvelles pousses.


Et ces nouvelles pousses sont exactement ce que recherche l'orignal.


Des travaux réalisés dans des peuplements de trembles ont même mesuré, trois ans après certains traitements de coupe, jusqu'à 1 544 kg/ha de brout estival et environ 395 kg/ha de brout hivernal.


Encore une fois, ce n'est pas une valeur qu'on peut appliquer automatiquement à une coupe québécoise : elle démontre surtout à quel point un jeune peuplement productif peut générer de biomasse accessible.


À ce stade, le secteur commence véritablement à devenir intéressant pour l'alimentation.



ANNÉE 4 — LA TABLE EST MISE


Quatre ans après la récolte, plusieurs tiges feuillues peuvent maintenant se retrouver directement dans la zone de broutage de l'orignal.


Bouleaux, peupliers, saules, sorbiers et arbustes peuvent fournir une quantité importante de jeunes pousses.


Les recherches québécoises montrent d'ailleurs que l'orignal peut exercer suffisamment de pression sur cette régénération pour modifier la hauteur et l'abondance de certaines espèces végétales.


Autrement dit :


s'il peut modifier la régénération en la mangeant, c'est bien parce que cette nouvelle végétation représente une ressource alimentaire importante.



ANNÉE 5 — UN HABITAT DE PLUS EN PLUS ATTRACTIF


À cinq ans, on commence souvent à obtenir cette structure que les chasseurs d'orignaux connaissent bien :


une jeune régénération dense entourée de forêt plus mature.


Et cette combinaison est importante.


Parce qu'un orignal n'a pas uniquement besoin de nourriture.


Il recherche aussi du couvert, de l'ombre, des zones de repos, des corridors de déplacement et une certaine sécurité.


C'est pourquoi une mosaïque composée de jeunes coupes, de peuplements intermédiaires, de bandes résiduelles et de forêt mature peut devenir particulièrement intéressante.



ANNÉE 6 — LA MACHINE À NOURRITURE EST LANCÉE


À six ans, sur un site productif, la régénération peut être très importante.


Les tiges produisent annuellement de nouvelles pousses et une bonne partie de cette végétation demeure encore à une hauteur accessible à l'orignal.


Et contrairement à ce qu'on pourrait croire, le potentiel alimentaire n'a pas nécessairement atteint son maximum.


Dans certaines forêts boréales étudiées, le brout hivernal disponible est passé d'environ 200 kg/ha à deux ans à près de 2 000 kg/ha vers huit ans après la coupe.


C'est une multiplication par 10 de la nourriture ligneuse disponible.


Certaines recherches situent d'ailleurs les périodes particulièrement productives autour de 8 à 12 ans après la perturbation, même si l'âge optimal varie considérablement selon le milieu.



UNE COUPE N'EST DONC PAS AUTOMATIQUEMENT MAUVAISE POUR L'ORIGNAL


Il faut toutefois éviter une conclusion trop simple.


Une immense coupe complètement ouverte n'offre pas les mêmes conditions qu'une mosaïque forestière bien aménagée.


La récolte peut temporairement réduire le couvert et modifier l'utilisation du territoire par l'orignal. Des travaux réalisés dans l'ouest du Québec ont d'ailleurs observé une diminution initiale de l'utilisation de grandes zones récemment coupées.


Puis la situation change avec la régénération.


La lumière revient au sol.


Les plantes repartent.


Les feuillus poussent.


Les arbustes se multiplient.


Et progressivement, la coupe devient un garde-manger.


LE CYCLE PEUT ÊTRE IMPRESSIONNANT


On pourrait résumer les premières années ainsi :


JOUR 1 : perturbation importante et perte immédiate d'une partie du couvert.


ANNÉE 1 : reprise des plantes pionnières et premières jeunes pousses.


ANNÉE 2 : augmentation mesurable du brout; certaines forêts boréales étudiées produisaient environ 200 kg/ha.


ANNÉE 3 : accélération importante des jeunes feuillus et arbustes.


ANNÉE 4 : beaucoup de tiges entrent dans la hauteur accessible au broutage.


ANNÉE 5 : la jeune forêt commence à offrir une combinaison particulièrement intéressante de nourriture et de structure.


ANNÉE 6 : la biomasse continue généralement d'augmenter sur les sites productifs.


Et le phénomène peut continuer : dans certaines études boréales, la disponibilité du brout atteignait environ 2 000 kg/ha vers huit ans, soit près de 200 grammes par mètre carré de matière sèche disponible.


LE MESSAGE À RETENIR


Quand on regarde un bûcher le lendemain d'une coupe, on regarde seulement une photographie.


Pour comprendre son impact réel, il faut regarder le film au complet.


Jour 1 : la forêt est perturbée.


Année 1 : elle recommence à pousser.


Années 2 à 4 : le garde-manger se construit.


Années 5 et 6 : la régénération devient de plus en plus importante.


Et quelques années plus tard, certains sites peuvent produire plusieurs fois la quantité de brout disponible avant la perturbation.


Voilà pourquoi les jeunes forêts et les coupes en régénération peuvent jouer un rôle majeur dans l'habitat de l'orignal.


Mais il ne faut pas oublier l'autre côté de l'équation : pendant que la forêt prépare sa prochaine génération, la récolte actuelle fait travailler des dizaines de milliers de Québécois et contribue à faire vivre des centaines de communautés.


On récolte une ressource.


On crée des emplois.


On fait vivre nos villages.


La forêt se régénère.


Et l'orignal retrouve progressivement un immense garde-manger.


La prochaine fois que vous regarderez un bûcher fraîchement coupé, ne regardez donc pas seulement ce qui a disparu.


Regardez ce qui commence.


Une forêt aménagée n'est pas une forêt morte. C'est une forêt qui entre dans un nouveau cycle pour nos régions, pour la forêt et pour l'orignal.


4 commentaires


Tres bonne article a ce sujet bien expliqué ,oui la nature fait son oeuvre apres une coupe sélective et la progression de nouvelle pousse et plantation pour nos cervidés a moyen et long terme .Merci

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frank1967
frank1967
28 sept.

Très bien expliqué et plus facile de comprendre tout se que sa apporte économiquement et pour la Faune je vais voir cette situation différemment dans l'avenir. Merci

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acc3006
acc3006
25 sept.

Bonjour , Super article ... si c etais toujours fais de cette facon... pour mon experience ... ce ne sont pas les bucherons qui sont le probleme plus les gestionaires de territoire .... l experience que j ai vecus oui certaine fois il m ont fais des puits de lumieres qui font exatement comme vous dite, De la regenerations et de la bouf au max qui est un aimant pour l orignal et le chevreuil....super

Parcontre ... j ai aussi vu des pacelles complete replante avec juste de l epinette et meme passe au roud up pour etre sur qu il n y ai meme pas un feuillus qui repouse , ou ils vont debroussaye

tout le feuillus pour que l…

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En réponse à

Merci Martin pour ton commentaire tres realiste

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