Dans les marais qui avalent tout
- Steph Monette

- il y a 2 jours
- 3 min de lecture
Dans les marais qui avalent tout
Reportage terrain — Espèces invasives · Floride · Gestion faunique
Rédaction On Jase · Juin 2026 ·

Imaginez un prédateur qui avale les chevreuils entiers, décime les ratons laveurs à 99 %, fait disparaître les renards et les lapins d'un territoire, et que personne n'a jamais vu venir. Ce n'est pas un scénario de roman de science-fiction. C'est ce qui se passe depuis vingt ans dans les marais des Everglades, en Floride et c'est une leçon que tout gestionnaire de territoire devrait lire attentivement.

Le python birman (Python bivittatus) n'est pas d'ici. Il vient des jungles d'Asie du Sud-Est Birmanie, Vietnam, Thaïlande, Indonésie. C'est un animal magnifique dans son milieu naturel : six mètres de long, quatre-vingt-dix kilos de muscle pur, une machine à tuer parfaitement calibrée. Le problème, c'est que des milliers d'Américains en ont fait des animaux de compagnie dans les années 1980 et 1990. Quand le bébé serpent de 30 centimètres devient un monstre impossible à nourrir, la solution de facilité a été simple : l'abandonner dans la nature. Les Everglades étaient à côté.

La suite, on la connaît.
Le désastre silencieux
Les premiers pythons reproducteurs ont été confirmés dans les Everglades en 2003. Depuis, la population n'a fait qu'exploser. Les scientifiques estiment qu'entre 30 000 et 300 000 individus habitent aujourd'hui le parc. Un territoire immense, couvert d'herbes hautes et de marais impénétrables l'habitat parfait pour un serpent cryptique qui chasse la nuit et digère tranquillement pendant des semaines.
Les données biologiques sont brutales. Des études publiées dans les Proceedings of the National Academy of Sciences documentent l'effondrement des populations de mammifères dans les zones infestées : 99 % de recul chez les ratons laveurs et les opossums, 91 % de chute des daims à queue blanche, 87,5 % de déclin chez les lynx roux. Lapins et renards gris sont tout simplement introuvables dans les zones les plus infestées. La prédation sur les nids d'oiseaux y est cinq fois plus élevée qu'avec les prédateurs natifs.

Ce n'est pas que le python mange tout. C'est qu'il brise les chaînes alimentaires. Sans lapins, les lynx et les renards s'effondrent. Sans ratons laveurs, certains oiseaux récupèrent leurs œufs mais les moustiques, privés de leurs hôtes habituels, changent de cibles et propagent de nouvelles maladies.
L'écosystème entier déraille.
La réponse : chasser pour sauver
En 2013, les autorités fauniques de Floride ont fait un pari audacieux : ouvrir la chasse au grand public. Pas de permis traditionnel, pas de quotas par chasseur juste une inscription à 25 $, une formation en ligne obligatoire, et le feu vert pour entrer dans les marais. L'événement a été baptisé le Florida Python Challenge. Il a lieu chaque été pendant dix jours. L'objectif n'est pas uniquement d'éliminer des serpents c'est surtout de faire comprendre à la population l'ampleur du problème.

L'édition 2025 a établi un record historique. Pendant dix jours, du 11 au 20 juillet, 934 participants venus de 30 États américains et du Canada ont sillonné les huit zones officielles de compétition dont, pour la première fois, le parc national des Everglades lui-même. Résultat : 294 pythons capturés et euthanasiés. Le plus grand chiffre jamais enregistré depuis la création de l'événement.
La grande gagnante, Taylor Stanberry, de Naples en Floride, est devenue la première femme à remporter le titre toutes catégories confondues avec 60 pythons en dix nuits. Elle a tout dit en une phrase : « Je chassais chaque nuit du coucher du soleil au lever du jour. C'était épuisant. Mais ça valait la peine de sauver les espèces indigènes de la Floride. » Elle repart avec 10 000 $ et un record dans les livres.


Gagner du terrain mais pas la guerre
Depuis la première édition, plus de 1 400 pythons ont été retirés dans le cadre de cet événement annuel. En comptant les programmes de chasseurs professionnels financés par l'État, ce sont plus de 23 000 pythons éliminés en Floride depuis l'an 2000. Des chiffres impressionnants mais qui doivent être mis en perspective avec une réalité difficile à encaisser : selon les biologistes eux-mêmes, l'éradication complète du python birman en Floride est impossible.

Le territoire est trop vaste. La végétation trop dense. Les serpents trop discrets. Une femelle adulte peut pondre jusqu'à 107 œufs par couvée. La bataille est asymétrique. Ce que font les chasseurs, c'est du contrôle réduire la pression sur les espèces natives, ralentir l'expansion, et peut-être, avec le temps, créer les conditions où d'autres interventions prendront le relais.

Pour le chasseur d'ici, la leçon est claire. Aucune espèce invasive ne gère elle-même sa population. Quand il n'y a pas de prédateur naturel, le territoire déraille. Ce que vivent les Everglades aujourd'hui, c'est l'image de ce qui arrive quand un écosystème perd son équilibre et que personne n'intervient à temps. En Floride, la chasse est devenue la dernière ligne de défense. Et chaque été, des centaines de personnes la tiennent.




finalement je préfere nos petite couleuvres du quebec ,toujours agréable vos croniques merci
Très intéressant cet article et pas une chasse pour les peureux en plus la nuit pas sûr de mon côté que je serais intéressé respect à ceux qui la pratique. Merci
Très intéressant comme article et on dirait que ca reflète un peu ce qui commence à arriver ici avec le coyote, le bar rayé ! À voir si notre gouvernement va être pro actif comme au Etats ?