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La remise à l'eau du saumon : un geste qui peut faire toute la différence

La remise à l'eau du saumon : un geste qui peut faire toute la différence

Par Stéphane Monette



Depuis quelques années, la remise à l'eau du saumon atlantique est devenue une pratique incontournable sur plusieurs rivières du Québec et des provinces maritimes. Pour certains pêcheurs, elle représente un geste essentiel pour préserver la ressource. Pour d'autres, elle soulève encore des questions : le saumon survit-il réellement? Est-il capable de poursuivre sa migration? Peut-il se reproduire après avoir été capturé?

Ces interrogations ont fait l'objet de nombreuses recherches scientifiques réalisées au Canada, en Islande, en Norvège, en Écosse et dans plusieurs autres pays où le saumon atlantique occupe une place importante. Les conclusions sont aujourd'hui très claires : lorsqu'elle est effectuée correctement, la remise à l'eau constitue un outil de conservation extrêmement efficace. Toutefois, sa réussite dépend directement des gestes posés par le pêcheur.



Ce que la science nous apprend


Des centaines de saumons ont été suivis grâce à des émetteurs radio, des marques électroniques et des suivis biologiques après leur remise à l'eau.

Les résultats démontrent qu'en eau froide, généralement sous les 18 °C, 90 à 98 % des saumons survivent après leur remise à l'eau lorsque les bonnes pratiques sont respectées.

Encore plus intéressant, plusieurs de ces poissons poursuivent normalement leur migration vers les frayères, franchissent les rapides et les chutes, participent à la reproduction à l'automne et certains sont même capturés de nouveau les années suivantes.

Ces résultats démontrent qu'une capture suivie d'une remise à l'eau bien exécutée n'empêche généralement pas le saumon de compléter son cycle biologique.



Pourquoi certains saumons meurent-ils malgré tout?


Capturer un saumon représente un stress physiologique majeur.

Pendant le combat, le poisson fournit un effort intense qui entraîne une accumulation d'acide lactique dans les muscles, un peu comme un athlète après un sprint maximal. Son rythme cardiaque augmente, ses réserves énergétiques diminuent et sa consommation d'oxygène atteint un niveau très élevé.

Lorsque ce stress est combiné à une eau chaude ou à une manipulation inadéquate, les risques de mortalité augmentent rapidement.

Les biologistes parlent alors de mortalité retardée. Le saumon semble repartir en bonne condition, mais peut mourir plusieurs heures, voire quelques jours plus tard, en raison de l'épuisement ou des effets physiologiques du combat.


La température de l'eau : le facteur numéro un



S'il existe un élément qui influence davantage la survie que tous les autres, c'est bien la température de l'eau.

En dessous de 18 °C, le saumon récupère généralement rapidement.

Entre 18 et 20 °C, le niveau de stress augmente de façon importante et le temps de récupération devient beaucoup plus long.

Au-delà de 20 à 22 °C, plusieurs études démontrent que la mortalité peut augmenter considérablement, surtout lorsque les combats sont prolongés.

C'est pourquoi plusieurs gestionnaires de rivières limitent ou suspendent temporairement la pêche lors des épisodes de chaleur intense.


Les erreurs qui coûtent des saumons


Bien souvent, ce n'est pas la capture elle-même qui cause la mortalité, mais les gestes qui suivent.

Sortir le poisson longtemps de l'eau pour prendre plusieurs photos, le déposer sur les roches, le manipuler avec des mains sèches ou encore utiliser un équipement trop léger qui prolonge inutilement le combat sont autant de pratiques qui diminuent ses chances de survie.

Le mucus qui recouvre la peau du saumon constitue sa première protection contre les bactéries et les champignons. Chaque manipulation brutale enlève une partie de cette barrière naturelle.



Les techniques recommandées par les biologistes


1. Utiliser un équipement adapté

Une canne et un moulinet suffisamment puissants permettent de réduire la durée du combat. Plus le poisson est maîtrisé rapidement, moins il s'épuise.


2. Écourter le combat

Il ne s'agit pas de brusquer le poisson, mais d'éviter un combat inutilement long qui augmente son stress et son épuisement.


3. Garder le saumon dans l'eau

Lorsque c'est possible, décrochez l'hameçon sans sortir complètement le poisson de la rivière.


4. Toujours mouiller ses mains

Des mains mouillées protègent le mucus naturel du saumon et réduisent les risques d'infection.


5. Utiliser une épuisette en caoutchouc

Contrairement aux filets traditionnels en corde, les mailles en caoutchouc limitent les blessures aux nageoires et préservent davantage le revêtement protecteur du poisson.


6. Limiter les photographies

Préparez votre appareil avant de saisir le poisson. Une seule photo rapide est largement suffisante. Chaque seconde passée hors de l'eau diminue les chances de récupération.


7. Soutenir correctement le poisson

Ne jamais tenir un saumon par les branchies ou uniquement par la queue. Soutenez toujours son ventre afin de protéger sa colonne vertébrale et ses organes internes.


8. Réanimer le saumon correctement

Maintenez le poisson face au courant afin que l'eau circule naturellement dans ses branchies. Évitez absolument de le pousser d'avant en arrière, une pratique longtemps répandue mais aujourd'hui déconseillée.


9. Attendre le bon moment

Le saumon doit repartir de lui-même, avec force et équilibre. Ne le relâchez pas simplement parce qu'il bouge la queue.




Les facteurs qui déterminent la survie


Les études scientifiques identifient six facteurs majeurs :

  • La température de l'eau.

  • La durée du combat.

  • Le temps passé hors de l'eau.

  • Le type d'hameçon utilisé, les hameçons simples sans ardillon étant généralement les moins traumatisants.

  • La qualité de la manipulation.

  • L'état physique du poisson avant sa capture.

À eux seuls, ces facteurs expliquent une grande partie des différences observées dans les taux de survie.



Une responsabilité partagée


Aujourd'hui, la remise à l'eau fait partie intégrante de la gestion moderne des populations de saumons atlantiques. Dans plusieurs rivières, elle permet de protéger un plus grand nombre de géniteurs tout en maintenant une activité de pêche sportive.

Cependant, cette pratique ne peut être efficace que si chaque pêcheur comprend qu'il tient entre ses mains bien plus qu'un simple poisson : il tient un futur reproducteur, porteur d'un patrimoine génétique précieux pour les générations à venir.



La remise à l'eau n'est donc pas un simple geste symbolique. Réalisée dans de bonnes conditions, elle représente un véritable investissement dans l'avenir de nos rivières. Chaque saumon qui reprend sa migration est une chance de plus de voir cette espèce emblématique poursuivre son cycle naturel et de permettre aux pêcheurs de demain de vivre, eux aussi, l'émotion incomparable de sentir un saumon sauvage au bout de leur ligne.

2 commentaires


frank1967
frank1967
il y a 8 heures

Très intéressant comme article pour quelqu'un qui n'est pas un pêcheur de saumon mais qui sait peut-être un jour fera ses débuts dans une rivière à saumon et aura une base grâce aux conseils dans On Jase. Merci

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rogerpaquin18
rogerpaquin18
il y a 2 jours

Je ne suis pas un pecheur de saumon malheureusement ,mais chapeau a ses remise a l eau du saumon ,sans prétention dans le passé j ai remi un doré a l eau ,un gros géniteur de 35 po au lac Abitibi ,avec les conseils de Raymond Carignan dans les années 80 . Beau souvenir et merci pour l article

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