Le Loup Tue Avant Même de Mordre Il y a ce qu'on voit. Et il y a ce qu'on ne voit jamais.
- Steph Monette

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Le Loup Tue Avant Même de Mordre
Il y a ce qu'on voit. Et il y a ce qu'on ne voit jamais.

Une carcasse dans la neige, c'est concret. Ça se photographie, ça se compte, ça se débat en commission. Mais la biologie du loup, elle, opère bien en amont de ça. Elle opère dans le sang d'une femelle. Dans ses hormones. Dans un ventre qui reste vide au printemps.

La recherche de Scott Creel l'a établi clairement : les femelles exposées à une pression de prédation élevée présentent des taux de gestation réduits, des niveaux d'hormones reproductives plus faibles, un recrutement de faons diminué. Ce ne sont pas des hypothèses de terrain, c'est documenté sur dix populations de wapitis, avec des baisses de gestation allant de 24 à 43 %. À Yellowstone, après la réintroduction des loups, le taux de gestation dans le centre du parc a chuté de 32 %.
Trente-deux pour cent.
Pas de faon mort. Pas de carcasse. Juste une femelle qui n'est jamais tombée gestante.
Quand une femelle se déplace en permanence, évite ses aires d'alimentation habituelles, brûle de l'énergie à fuir plutôt qu'à se nourrir le coût finit par s'inscrire dans le ventre avant d'apparaître sur le terrain. C'est ça, la pression de prédation. Invisible, constante, comptabilisée nulle part dans les statistiques officielles.

Le vrai débat sur le loup ne devrait donc pas se limiter à « combien d'orignaux ont été tués directement ? » Cette question, aussi légitime soit-elle, regarde dans le rétroviseur. La vraie question, celle que les gestionnaires de faune ont l'obligation de poser, c'est : combien de faons ne sont jamais nés?
Parce qu'un cheptel ne s'effondre pas toujours à coups de crocs.
Parfois, il s'effrite dans le silence d'un printemps trop calme.
Source Stephen Ziegler journaliste




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