QUAND IL FAIT CHAUD : OÙ CHASSER L’ORIGNAL?
QUAND IL FAIT CHAUD : OÙ CHASSER L’ORIGNAL?

Il fait 18, 20, parfois 25 °C pendant votre chasse à l’orignal. Vous appelez, vous marchez, vous surveillez vos secteurs habituels… et soudainement, c’est le silence.
Les orignaux ont-ils quitté le territoire?
Pas nécessairement. La science nous indique plutôt qu’ils peuvent modifier radicalement leur comportement pour gérer leur température corporelle.
L’orignal (Alces alces) est extrêmement bien adapté au froid, mais beaucoup moins à la chaleur. Son grand volume corporel et son isolation efficace compliquent l’évacuation de la chaleur lorsqu’il fait chaud.
Une étude classique de Renecker et Hudson a montré que, chez des orignaux étudiés en été, la fréquence respiratoire augmentait lorsque la température dépassait environ 14 °C et le halètement bouche ouverte apparaissait autour de 20 °C. Des recherches plus récentes précisent toutefois qu’il n’existe pas un seuil unique : la réaction dépend aussi du rayonnement solaire, du vent, de l’humidité et de l’exposition à la chaleur.
À 10 °C, IL FAUT DÉJÀ COMMENCER À PENSER « FRAÎCHEUR »
Une étude publiée dans le Journal of Animal Ecology apporte une information fascinante pour le chasseur.
Les chercheurs ont constaté qu’en été, les orignaux étudiés passaient en moyenne 67,8 % des heures de clarté couchés.
Encore plus intéressant : leurs modèles montrent que l’ombre pouvait être suffisante pour réduire fortement le risque thermique dans des conditions relativement fraîches, mais qu’à mesure que la température augmentait, l’accès à un sol humide devenait particulièrement important pour permettre la dissipation de chaleur par conduction.
Autrement dit, l’orignal peut transférer une partie de sa chaleur corporelle vers un substrat humide et plus frais.

Pour le chasseur, c’est majeur.
Lorsque la température grimpe, ne cherchez donc plus seulement :
OÙ EST LA NOURRITURE?
Demandez-vous plutôt :
OÙ EST LE MEILLEUR REFUGE THERMIQUE?
EAU + SOL HUMIDE + OMBRE = SECTEUR À SURVEILLER
Une autre étude consacrée spécifiquement aux sites de repos des orignaux a démontré qu’ils sélectionnaient des endroits frais possédant un sol humide, mouillé ou même de l’eau stagnante.
Et plus les journées devenaient chaudes, plus la sélection pour les substrats humides augmentait.
C’est exactement le genre d’information que nous pouvons transposer sur une carte de chasse.
Recherchez :
les bordures de milieux humides, les marécages, les petites coulées encaissées, les ruisseaux froids, les fonds de vallées humides et les secteurs où un couvert forestier limite l’exposition directe au soleil.
Un petit ruisseau de montagne devient particulièrement intéressant lorsqu’il traverse un secteur ombragé et offre également de la nourriture à proximité.
REGARDEZ LE CÔTÉ OMBRAGÉ DE LA MONTAGNE
En territoire montagneux, l’exposition au soleil peut créer des microclimats très différents à relativement courte distance.
Les recherches effectuées sur les orignaux montrent justement qu’en période chaude, ils peuvent sélectionner davantage les habitats qui réduisent leur exposition au rayonnement solaire, ainsi que les milieux humides et certains peuplements forestiers plus denses.
Pour le chasseur, la topographie devient donc un outil.
Cherchez les versants qui reçoivent moins directement le soleil, les vallons encaissés, les conifères matures et surtout les endroits où cette ombre rencontre un ruisseau, une source, un marécage ou un sol humide.
Vous recherchez essentiellement un microclimat à l’intérieur du territoire de l’orignal.

ET SA TEMPÉRATURE CORPORELLE?
L’orignal ne laisse évidemment pas simplement sa température interne monter avec celle de l’air.
Il utilise différentes stratégies physiologiques et comportementales pour maintenir son équilibre thermique : modification de la respiration, réduction ou déplacement de certaines activités, recherche de microclimats favorables et utilisation de l’eau ou des sols humides.
Des chercheurs ayant équipé des orignaux de capteurs de température ruminale et de colliers GPS ont d’ailleurs démontré que les choix de déplacement et d’habitat étaient associés aux variations de leur température interne.
C’est donc beaucoup plus complexe que :
« Il fait 15 °C, l’orignal arrête de bouger. »
Cette règle n’existe pas.
Un orignal à 18 °C dans un secteur humide, ombragé et ventilé ne subit pas exactement la même charge thermique qu’un animal exposé directement au soleil sur un terrain sec.
LE MATIN : SOYEZ LÀ AVANT LUI
Pour le chasseur, une conséquence devient particulièrement importante.
Lors d’une journée chaude, ne gaspillez pas la période la plus fraîche en vous rendant à votre site de chasse.
Soyez déjà installé.
La période entourant le lever du jour bénéficie du refroidissement nocturne et précède l’augmentation du rayonnement solaire. Si l’orignal doit se déplacer, s’alimenter ou changer de secteur avant la chaleur du jour, cette période mérite une attention maximale.
Les premières dizaines de minutes autour du lever du soleil deviennent donc une fenêtre stratégique, mais il serait scientifiquement incorrect d’affirmer que tous les orignaux bougent précisément pendant les « 30 premières minutes ».
C’est une stratégie de chasse, pas une horloge biologique.
LE SOIR : SURVEILLEZ LE MOMENT OÙ LE TERRITOIRE BASCULE
Même principe en fin de journée.
Observez votre montagne.
À quel moment le soleil disparaît-il derrière la crête?
Quel versant tombe dans l’ombre en premier?
Où se trouve le ruisseau froid?
Où le couvert forestier conserve-t-il un microclimat plus frais?
C’est là que je veux être.
Lorsque le rayonnement solaire diminue et que l’environnement commence à se refroidir, les contraintes thermiques diminuent progressivement.
Encore une fois, les 30 premières minutes de fraîcheur constituent une excellente façon de penser sa stratégie, mais pas une règle scientifique universelle.
LA CARTE DU CHASSEUR PAR TEMPS CHAUD

Lorsque la météo annonce une journée anormalement chaude, ouvrez votre carte et cherchez cette combinaison :
**VERSANT OMBRAGÉ
• COUVERT FORESTIER
• RUISSEAU FROID
• SOL HUMIDE
• MILIEU HUMIDE
• NOURRITURE À PROXIMITÉ
• FAIBLE DÉRANGEMENT**
Lorsque plusieurs de ces éléments se rencontrent dans quelques centaines de mètres, ce secteur mérite votre attention.
Et surtout, ne faites pas automatiquement l’erreur de croire que l’absence de réponse à vos appels signifie l’absence d’orignaux.
Un animal qui consacre une grande partie de sa journée à limiter sa charge thermique peut avoir beaucoup moins intérêt à parcourir plusieurs centaines de mètres pour venir vérifier un appel.
Lorsqu’il fait chaud, le chasseur ne doit donc pas seulement chercher l’orignal.
Il doit chercher l’endroit où l’orignal peut rester un orignal… sans avoir trop chaud.
Et bien souvent, la science nous ramène aux mêmes éléments :
l’eau, l’humidité, l’ombre et la réduction de l’exposition à la chaleur.





Très bon article et des secteurs de notre territoire à exploiter plus attentivement selon la température. Merci