COYOTES, LOUPS ET CHIENS : QUAND TROIS CANIDÉS MÉLANGENT LEURS GÈNES!
Par Stéphane Monette

Saviez-vous que certains coyotes de l'Est possèdent de l'ADN de loup et même de chien domestique?
Et ce n'est pas une légende de chasseurs! Plusieurs études génétiques ont confirmé ce phénomène. Mais jusqu'où va ce mélange? Est-ce qu'il produit des coyotes plus gros, plus efficaces pour chasser et potentiellement plus dangereux?
Regardons ce que la science nous apprend.
1. Un mélange génétique bien réel
Le coyote, le loup et le chien domestique appartiennent à des lignées de canidés suffisamment proches pour produire des descendants fertiles. Ce phénomène s'appelle l'hybridation, et lorsque les gènes se transmettent sur plusieurs générations, les scientifiques parlent d'introgression génétique.
Une étude majeure publiée en 2011 dans Genome Research, dirigée notamment par Bridgett vonHoldt, a analysé le patrimoine génétique de loups et de coyotes nord-américains.
Voici les proportions moyennes estimées dans cette étude :

Estimations issues d'un modèle génétique de 2011. Elles ne représentent pas tous les coyotes du Québec ni une proportion fixe chez chaque animal. Autrement dit, un coyote peut ressembler parfaitement à un coyote tout en possédant des gènes provenant d'autres canidés.

2. Au Québec, le phénomène est particulièrement intéressant
Une étude publiée en 2012 sur l'hybridation entre loups et coyotes a trouvé des signatures génétiques d'hybridation chez 12,6 % des coyotes et 37,4 % des loups échantillonnés au Québec.
Attention : ces pourcentages représentent la proportion d'animaux présentant un profil hybride dans cette étude, et non la quantité d'ADN de loup contenue dans chaque coyote.
Le gouvernement du Québec reconnaît également plusieurs groupes génétiques de grands canidés, dont le coyote de l'Est, le loup de l'Est et différents groupes de loups, ainsi que de nombreux hybrides.

3. Pourquoi ces animaux s'accouplent-ils entre eux?
La disparition locale de certains loups, la fragmentation des habitats et l'expansion du coyote ont favorisé des rencontres entre ces animaux. Lorsqu'un individu ne trouve pas de partenaire de sa propre espèce, une reproduction avec un autre canidé devient possible. Les recherches suggèrent notamment que des loups mâles se sont reproduits avec des coyotes femelles au cours de l'expansion historique du coyote vers l'Est.
Concernant les chiens, une étude publiée en 2013 par Wheeldon et ses collègues a identifié des marqueurs génétiques canins chez des coyotes de l'Ontario. Les résultats suggèrent surtout des croisements historiques impliquant des chiens mâles. Cela ne signifie pas que les coyotes s'accouplent régulièrement avec les chiens domestiques aujourd'hui.

4. Des coyotes plus gros et de meilleurs chasseurs?
C'est probablement l'une des découvertes les plus intéressantes pour les chasseurs de gros gibier. Une étude de Roland Kays et ses collègues, publiée en 2010 dans Biology Letters, a démontré que l'hybridation avec les loups était associée à des crânes plus imposants chez les coyotes du Nord-Est.
Les chercheurs avancent que ces caractéristiques ont pu favoriser leur capacité à exploiter de plus grosses proies, notamment le cerf de Virginie.
Une autre étude, publiée en 2013 par Monzón, Kays et Dykhuizen, a observé que les coyotes vivant dans des secteurs où les cerfs sont abondants présentaient davantage de caractéristiques génétiques associées aux loups.
Mais attention : cela ne signifie pas que tous les coyotes hybrides deviennent de grands prédateurs spécialisés dans le chevreuil.
5. Que devons-nous réellement appréhender?
À mon avis, il faut surveiller trois phénomènes, sans tomber dans l'alarmisme.
• La prédation sur les chevreuils : des coyotes plus imposants peuvent être mieux adaptés à la capture de proies de grande taille. Il faut toutefois mesurer leur impact réel sur les populations de cervidés, particulièrement les faons.
• La cohabitation avec les chiens domestiques : les coyotes peuvent représenter un danger pour les petits chiens et les animaux laissés sans surveillance. Il est prudent de garder les chiens sous contrôle, particulièrement à proximité des territoires fréquentés par les coyotes.
• La conservation génétique des loups : l'hybridation peut modifier le patrimoine génétique de certaines populations de loups, ce qui soulève des enjeux de conservation et de gestion.
Est-ce que ces hybrides deviennent plus agressifs envers les humains?
Les données scientifiques ne permettent pas de l'affirmer. Les chercheurs Wheeldon et ses collègues précisent qu'aucune preuve ne démontre que les gènes de chien ou de loup rendent les coyotes de l'Est plus agressifs envers les humains mais restons vigilants, les études dates de 15 ans, sommes nous à date avec l'évolution du coyote?
6. Ma conclusion
Ce que je trouve fascinant dans cette histoire, c'est que nous assistons à une évolution génétique qui s'est produite sur plusieurs générations, sous l'influence des transformations de nos territoires. Le coyote de l'Est n'est plus nécessairement identique, génétiquement, à celui des grandes plaines de l'Ouest.
Mais avant de prétendre que nous avons créé un superprédateur, il faut distinguer les faits scientifiques des impressions de terrain.
Un coyote qui possède de l'ADN de loup n'est pas automatiquement plus dangereux. Par contre, son évolution mérite toute notre attention, particulièrement dans les régions où vivent nos populations de chevreuils.
Et comme chasseurs, nous avons intérêt à mieux comprendre ce prédateur plutôt qu'à simplement le craindre.
QUESTION AUX JASEUX : Avez-vous remarqué, au cours des dernières années, des coyotes plus imposants dans vos secteurs de chasse? Et croyez-vous que leur présence influence davantage vos populations de chevreuils?
Les études scientifiques à consulter
• vonHoldt et coll. (2011) — A genome-wide perspective on the evolutionary history of enigmatic wolf-like canids. Analyse génomique des proportions d'ascendance.
• Monzón, Kays et Dykhuizen (2013) — Assessment of coyote–wolf–dog admixture. Analyse génétique de centaines de canidés.
• Wheeldon et coll. (2013) — Y-chromosome evidence supports asymmetric dog introgression into eastern coyotes. Étude des croisements historiques avec les chiens.
• Kays et coll. (2010) — Rapid adaptive evolution of northeastern coyotes via hybridization with wolves. Étude de l'évolution morphologique des coyotes du Nord-Est.
• Gouvernement du Québec — Collecte d'échantillons de grands canidés. Programme québécois d'analyse génétique.
Précision scientifique : les proportions génétiques varient selon les régions, les échantillons et les méthodes d'analyse. Les études citées ne permettent pas d'établir un pourcentage universel pour tous les coyotes du Québec.





Super intéressant, mais tout de même inquiétant.
Il y a 25-30 ans,celui qui soignait les chevreuils au ravage Pohénégamouk durant la nuit les coyotes avaient blesses 3 chevreuils,il disait que coyotes sont melés avec les chiens errants ! Au plaisir Steph !
Pour nous sur ma terre ont voie un coyotte le matin, de nuit, sur caméra cellulaire en avant du camp et plus gros , mes voisins ont 4 gros chiens protecteurs , je suis peut etre dans le champs ,mais pas de panique pour nous ,ont n est chasseurs .
Quand tu vois un coyote baige,tu vois vraiment le changement,ils sont dans les centres urbains d'ici, il faut commencer a S'inquieter !