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LE PLUS GROS BUCK DE VOTRE TERRITOIRE N'EST PAS NOCTURNE… IL EST INVISIBLE!

12 oct.
4 min de lecture


CHASSE SPÉCIALISÉE | CHEVREUIL | COMPORTEMENT DES MÂLES MATURES


Comprendre les déplacements des mâles matures, leur réaction à la pression de chasse et les stratégies qui permettent de déjouer les plus méfiants.



Par Stéphane Monette | Lecture : environ 3 minutes



Le mystère des vieux mâles


Après plus de 40 ans à observer le comportement du gros gibier, une chose continue de me fasciner : la capacité des vieux mâles chevreuils à disparaître sur un territoire sans réellement le quitter.


Combien de fois avons-nous entendu un chasseur affirmer : « Mon gros buck est devenu complètement nocturne! »


Mais est-ce vraiment le cas?


Les recherches scientifiques réalisées à l'aide de colliers GPS nous permettent aujourd'hui de mieux comprendre ce phénomène. Certains mâles matures ne deviennent pas nécessairement nocturnes. Ils modifient plutôt leurs déplacements, leurs heures d'activité et les endroits qu'ils fréquentent pour réduire les risques.


Le buck n'a pas disparu. Il a simplement appris à vivre là où vous ne le cherchez pas!



1. La pression des chasse transforme les déplacements


Les recherches sur le cerf de Virginie montrent que les mâles peuvent réagir rapidement à la présence humaine.


Lorsqu'un territoire subit une pression de chasse répétée, certains mâles diminuent leurs déplacements diurnes dans les secteurs exposés, utilisent davantage les couverts forestiers et évitent les endroits fréquentés par les chasseurs.


Contrairement à une croyance populaire, ils ne quittent pas nécessairement la propriété.


Certains peuvent concentrer leurs activités dans des noyaux relativement restreints, parfois de quelques dizaines d'acres, lorsque les ressources et les conditions de sécurité le permettent.


Attention cependant : il n'existe pas de superficie universelle de 20 ou 30 acres. Le domaine vital varie selon l'habitat, la saison, l'individu et la période du rut.


Un vieux mâle n'a pas besoin de parcourir des kilomètres lorsqu'il trouve nourriture, sécurité et tranquillité au même endroit.


2. Le vent et le relief : une combinaison redoutable


Un mâle mature possède un avantage extraordinaire : son odorat.


Il peut exploiter les vents dominants, les courants thermiques et la configuration du terrain pour détecter les dangers.


Dans les secteurs montagneux du Québec, les vallées, les coulées et les versants boisés peuvent lui offrir des corridors de déplacement particulièrement discrets.


Les vieux mâles utilisent notamment les dépressions naturelles, les couverts épais et les changements de relief pour limiter leur exposition.


Certains empruntent aussi des passages parallèles aux sentiers principaux fréquentés par les femelles.


On parle parfois de corridors situés à 50 ou 100 verges des sentiers visibles. Cette distance peut être observée sur certains territoires, mais elle ne constitue pas une règle scientifique applicable à tous les mâles.


À la chasse, ce n'est pas seulement la direction du vent qui compte, mais l'endroit où votre odeur humaine se transporte réellement.



3. Les endroits les moins dérangés deviennent stratégiques


Voici une erreur que j'observe régulièrement chez les chasseurs : prospecter continuellement les endroits où ils espèrent récolter leur gros mâle.


Vérifier les caméras, marcher les sentiers, visiter les grattages, couper des branches…


Toutes ces activités peuvent révéler notre présence.


Les vieux mâles ne réagissent pas tous de la même manière, mais plusieurs études démontrent qu'ils peuvent modifier l'utilisation de leur habitat en réponse au dérangement humain.


Les endroits les plus intéressants ne sont donc pas nécessairement ceux où l'on retrouve le plus de frottages ou de grattages.


Je privilégie les secteurs offrant une combinaison de couvert dense, de tranquillité, de nourriture accessible et de corridors permettant des déplacements discrets.


Et parfois, ces refuges se trouvent étonnamment près d'un chemin, d'une habitation ou d'une activité humaine régulière.


La différence? Un dérangement prévisible et sans menace directe peut être mieux toléré qu'une intrusion inhabituelle dans une zone de repos.


4. Le pré-rut change les règles du jeu


À la fin octobre et au début novembre, au Québec, le comportement des mâles commence à évoluer avec l'approche du rut.


L'augmentation de la recherche des femelles peut pousser certains mâles matures à quitter temporairement leurs zones habituelles.


C'est une période où un animal habituellement très discret peut soudainement apparaître en plein jour.


Mais attention : le rut n'efface pas complètement sa méfiance.


Un mâle mature peut chercher les femelles tout en continuant d'exploiter le couvert forestier et les avantages du vent.


C'est pourquoi je préfère conserver certains de mes meilleurs emplacements tranquilles jusqu'au moment où les conditions deviennent réellement favorables.




5. Ma stratégie pour déjouer un vieux buck


Personnellement, je privilégie une approche basée sur la connaissance du territoire plutôt que sur la multiplication des déplacements.


Je cherche d'abord à comprendre où se trouvent les zones de repos, les ressources alimentaires et les secteurs fréquentés par les femelles.


Ensuite, j'identifie les corridors qui permettent au mâle de circuler sans s'exposer.


Je limite mes intrusions et j'utilise les caméras de surveillance de façon stratégique, sans transformer chaque vérification en dérangement supplémentaire.


Finalement, je choisis mes périodes de chasse selon le vent, les conditions météorologiques et l'activité observée.


Mon objectif n'est pas d'entrer directement dans son refuge.


Mon objectif est de me positionner là où il risque de passer lorsqu'il décidera d'en sortir.


Conclusion — L'intelligence du chasseur contre l'expérience du vieux mâle


Un vieux buck de cinq, six ou sept ans n'a pas survécu autant de saisons uniquement grâce à la chance.


Il a bénéficié d'un comportement prudent, d'un habitat favorable et, bien souvent, de sa capacité à éviter les situations dangereuses.


Les recherches scientifiques nous démontrent que les déplacements des cerfs sont beaucoup plus complexes que la simple distinction entre animaux diurnes et nocturnes.


Pour moi, la véritable évolution du chasseur moderne consiste à comprendre ces comportements plutôt qu'à simplement multiplier les heures dans un mirador.


Le plus gros buck de votre territoire n'est peut-être pas nocturne. Il est peut-être à seulement 150 verges de votre mirador, dans un couvert que vous n'avez jamais pris le temps d'étudier!


Et c'est souvent là que commence la différence entre chasser un chevreuil… et comprendre un chevreuil.


— Stéphane Monette





1 commentaire


Marcel
Marcel
il y a 6 jours

Vraiment interresant, j'ai encore beaucoups à apprendre même à 57 ans, merci

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